Département fédéral des affaires étrangères DFAE

Bons offices: quand le dialogue fonctionne, bien des choses sont possibles

En Suisse, les solutions politiques sont généralement élaborées à travers un dialogue entre toutes les parties concernées. La diplomatie suisse s’appuie également sur ce principe et essaie, par exemple, de faciliter le dialogue dans le cadre de ses bons offices. À Genève, la Suisse dispose d’une plateforme dédiée aux discussions politiques. Celle-ci sera notamment utilisée le 16 juin 2021, lors de la rencontre des présidents américain et russe.

Photographie en noir et blanc: sept tables sont disposées en cercle dans une salle de conférence, avec des hommes assis à ces tables.

Dans le cadre de ses bons offices, la Suisse agit en tant qu'État hôte pour les processus de paix. Ici, la séance d'ouverture de la Conférence de paix sur le Moyen-Orient à Genève le 21 décembre 1973. © Keystone

Depuis l’annonce par les États-Unis et la Fédération de Russie que les présidents Joe Biden et Vladimir Poutine se rencontreront pour des discussions à Genève le 16 juin 2021, l’intérêt suscité par cet évènement ne faiblit pas. En coulisse, la Suisse effectue tous les préparatifs nécessaires pour que la rencontre puisse se dérouler dans un environnement discret, à l’abri de toute perturbation. La Suisse entretient de longue date de bonnes relations avec ces deux pays. Elle considère qu’un dialogue constructif entre les deux grandes puissances constitue aussi un préalable à la résolution de problèmes internationaux et mondiaux. La rencontre entre le président américain Joe Biden et le président russe Vladimir Poutine s’inscrit dans le cadre des bons offices par lesquels la Suisse a soutenu le dialogue à la demande des parties.

Le président américain Ronald Reagan et le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev s'entretiennent à Genève.
21 novembre 1985: Le président américain Ronald Reagan s'entretient avec le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev lors de leur sommet de deux jours à Genève. © Keystone

Les bons offices reposent sur une longue tradition. Ils sont souvent fournis directement, là où un conflit empêche l’émergence de solutions politiques. Il n’est pas rare non plus que la Genève internationale joue un rôle de premier plan. La ville du bout du lac Léman a été à plusieurs reprises au centre d’évènements d’importance historique. La conclusion des accords de paix à la fin de la guerre d’Indochine en 1954 et la rencontre au sommet entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev en 1985 ne sont que deux exemples parmi tant d’autres. 

Qu’est-ce que les bons offices?

Le terme générique «bons offices» désigne divers outils de gestion des crises et des conflits mis en œuvre dans la politique extérieure suisse. Il recouvre notamment:

  • l’accueil de conférences internationales ou de réunions de haut niveau,
  • la représentation d’intérêts étrangers dans un pays,
  • la facilitation du dialogue ou la médiation dans un conflit.

Les bons offices ont pour objectif de régler par la voie politique les divergences et les conflits entre les États, mais aussi à l’intérieur des pays. Souvent, le simple fait d’essayer de maintenir les canaux de communication ouverts représente déjà un pas important permettant de prévenir l’escalade d’un conflit et d’atténuer les conséquences des différends. «Sans dialogue, rien n’est possible. Mais quand le dialogue fonctionne, bien des choses sont possibles», relève le conseiller fédéral Ignazio Cassis, chef du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Sans dialogue, rien n’est possible. Mais quand le dialogue fonctionne, bien des choses sont possibles.
Ignazio Cassis, conseiller fédéral

Les instruments des bons offices ont tous pour point commun d’assurer le dialogue. La Suisse s’appuie dans ce cadre sur les expériences et l’expertise acquises grâce à son propre système politique: la collaboration entre toutes les parties concernées, le respect réciproque et la recherche d’un équilibre des intérêts et de compromis – aux niveaux national, cantonal ou communal – constituent à cet égard d’importants éléments pour parvenir à des solutions politiques. «Notre politique repose sur le respect et la collaboration. C’est pourquoi nous parvenons toujours – en tant que pays doté de quatre langues nationales et de quatre cultures – à conjuguer nos forces et à aller de l’avant», souligne le conseiller fédéral Ignazio Cassis. «La médiation et la recherche de compromis font partie de l’ADN de la Suisse. Cela s’exprime sur la scène intérieure – et dans notre coopération en matière de politique étrangère».

Mais la Suisse n’impose à personne ses bons offices. Elle propose sa médiation ou est sollicitée par des États ou des parties intéressées. Dans la pratique, la Suisse n’exerce cependant ses bons offices que si toutes les parties en présence en expriment le souhait.

La médiation et la recherche de compromis font partie de l’ADN de la Suisse. Cela s’exprime sur la scène intérieure – et dans notre coopération en matière de politique étrangère.
Ignazio Cassis, conseiller fédéral

Représentation d’intérêts étrangers

Lorsque deux États rompent entièrement ou partiellement leurs relations en raison de divergences, il n’y a plus de dialogue entre eux. Dans de tels cas, la Suisse peut intervenir en exerçant un mandat de puissance protectrice, son rôle consistant alors à représenter les intérêts d’un État auprès de l’autre en assumant des fonctions diplomatique ou consulaires. Elle permet ainsi à ces deux États de maintenir des liens entre eux.

La Suisse est intervenue en tant que puissance protectrice dès le XIXe siècle: lors de la guerre franco-allemande de 1870-1871, elle a représenté en France les intérêts du Royaume de Bavière et du Grand-Duché de Bade. Le nombre de mandats de puissance protectrice exercés par la Suisse n’a cessé d’augmenter avec le temps, culminant à 219 pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a ensuite baissé par suite de la fin de la guerre froide et de la diminution des conflits interétatiques. Depuis peu, la Suisse fait de nouveau l’objet de sollicitations plus nombreuses. Aujourd’hui, elle assume sept mandats de puissance protectrice.

Mandats actuels de puissance protectrice exercés par la Suisse

  • Iran en Égypte
    Depuis 1979, la Suisse représente les intérêts de l’Iran en Égypte.
  • États-Unis en Iran
    La Suisse représente les intérêts des États-Unis en Iran depuis 1980.
  • Russie et Géorgie
    Depuis 2009, la Suisse assume la fonction de puissance protectrice pour la Russie en Géorgie et pour la Géorgie en Russie.
  • Iran et Arabie saoudite
    Depuis 2017, la Suisse représente les intérêts de l’Iran en Arabie saoudite et ceux de l’Arabie saoudite en Iran.
  • Iran au Canada
    Depuis 2019, la Suisse représente également les intérêts de l’Iran au Canada.

La Suisse, État hôte

En tant qu’État neutre, qui entretient de bonnes relations avec tous les États conformément au principe d’universalité, la Suisse est régulièrement sollicitée pour accueillir des conférences et des négociations de paix ainsi que des réunions de haut niveau. Genève, en particulier, se propose comme ville hôte de tels évènements, d’autant qu’elle bénéficie de la présence sur son territoire de représentations de nombreux pays, d’organisations internationales (comme l’ONU ou le CICR), d’acteurs économiques ou scientifiques ainsi que d’organisations non gouvernementales. La Suisse, dans son rôle d’État hôte, veille à offrir des conditions optimales et un environnement approprié pour la tenue de discussions politiques. 

Comment la Suisse procède-t-elle?

Si un évènement s’inscrivant dans le cadre des bons offices est prévu sur son territoire, la Suisse planifie la rencontre ou les discussions avec les délégations concernées. Elle s’occupe des locaux, de la sécurité, de l’accueil des hauts responsables et de l’octroi de visas pour l’entrée des participants en Suisse. Les bons offices de la Suisse jouissent d’une bonne réputation auprès des États, des parties en conflit ou encore de l’ONU. La Suisse est reconnue pour être un partenaire discret et fiable.

La Suisse accueille par exemple à Genève le processus de paix de l’ONU pour la Syrie, dans le cadre duquel les parties au conflit se réunissent autour d’une table sous l’égide de l’ONU. Afin de permettre aux citoyennes et citoyens syriens de faire également entendre leur voix dans la recherche d’une solution durable pour leur pays, la Suisse a créé à Genève une plateforme dédiée (Civil Society Support Room). Même si le processus de paix est au point mort en raison d’un durcissement des fronts et de la pandémie de COVID-19, la Suisse continue à soutenir en tant qu’État hôte la recherche d’une solution politique à un conflit qui dure depuis dix ans déjà.

Médiation et facilitation

Au cours des 30 dernières années, les conflits interétatiques ont de plus en plus fait place à des conflits internes – comme en Syrie. Ces derniers ne nécessitent pas de mandats de puissance protectrice. Face à des conflits régionaux, religieux ou ethniques, la Suisse utilise d’autres instruments des bons offices pour favoriser le dialogue. Lorsqu’elle réunit les parties autour d’une même table sans participer elle-même au dialogue, on parle de facilitation. Si la Suisse apporte également une aide en matière de contenu et participe activement à la recherche d’une solution, on parle de médiation. La médiation et la facilitation, qui ont lieu en règle générale en coulisse, exigent de la discrétion, du doigté diplomatique et de la persévérance.

Au cours des dernières décennies, la Suisse a accompagné plus de 30 processus de paix dans plus de 20 pays. Le Mozambique en constitue un exemple: en 2013, la guerre civile a repris dans ce pays d’Afrique de l’Est. En 2016, le gouvernement et l’opposition ont sollicité les bons offices de la Suisse. Celle-ci a accompagné, en tant que médiatrice, les négociations de paix qui ont débouché sur un accord de paix le 6 août 2019. Le conseiller fédéral Ignazio Cassis a participé à la cérémonie de signature de l’accord de paix et souligné à cette occasion l’importance des bons offices. «Une fois encore, la Suisse a apporté une contribution précieuse grâce à ses bons offices et à sa neutralité – mais aussi, et surtout, grâce à la qualité de son personnel diplomatique».

Paix et sécurité: une priorité de la politique étrangère suisse

Après avoir analysé la situation mondiale actuelle et évalué les tendances qui pourraient prendre de l’importance à l’avenir, le Conseil fédéral a fixé, fin janvier 2020, quatre objectifs généraux dans sa stratégie de politique extérieure 2020-2023:

  • Paix et sécurité
  • Prospérité
  • Durabilité
  • Numérisation

Conformément à la priorité qu’elle s’est fixée en matière de paix et de sécurité dans sa stratégie de politique extérieure, la Suisse s’engage en faveur d’un monde pacifique et sûr, où chacun peut vivre à l’abri de la peur et de la misère et où le respect des droits de l’homme et la prospérité sont garantis. Forte d’une longue tradition de bons offices, la Suisse s’est forgé un profil international dans la promotion de la paix, qui lui vaut d’être sollicitée dans le monde entier et lui ouvre également des portes dans d’autres domaines de la politique extérieure. Si la Suisse obtenait un siège au Conseil de sécurité de l’ONU pour la période 2023-2024, elle pourrait mettre en œuvre encore plus efficacement son mandat constitutionnel pour un «ordre international juste et pacifique».

Le DFAE élabore des sous-stratégies thématiques et géographiques fondées sur la stratégie suisse de politique extérieure et structurées en fonction des quatre priorités énoncées dans celle-ci. La Suisse peut ainsi accroître l’efficacité de son engagement international, éviter les redondances et exploiter les synergies entre les services fédéraux concernés et les partenaires externes.

L’articulation entre ces différentes stratégies permet à la Suisse de coordonner la mise en œuvre de sa politique extérieure dans toutes les régions du monde et de présenter un front uni et cohérent sur la scène internationale.

Informations complémentaires sur les différentes stratégies de la politique extérieure de la Suisse

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