Une goutte dans le Sahel: l’irrigation pour les exploitations familiales

Projet terminé
Un paysan installe les lignes d’arrosage par goutte à goutte sur un terrain semi-aride au Burkina Faso. © DDC DEZA

Situé en bordure du Sahel, le Burkina Faso subit les effets du changement climatique. Les petits paysans concentrent ainsi leurs travaux agricoles durant la période des pluies de juin à septembre. La DDC les aide à augmenter leur production grâce à l’irrigation des cultures maraîchères et l’utilisation de semences, d’engrais et d’outils agricoles adaptés.

Pays/région Thème Période Budget
Burkina Faso
Agriculture et sécurité alimentaire
Développement agricole
Politique agricole
Ressources en eau à usage agricole
Recherche agronomique
15.03.2011 - 31.12.2014
CHF 6'600'000

Au Burkina Faso, 80% de la population tire l’essentiel de son revenu de l’agriculture et de l’élevage. L’économie burkinabè repose sur les productions des exploitations familiales. Celles-ci affichent cependant de faibles rendements en raison du modeste niveau d’équipement et de formation des producteurs. L’élevage et l’agriculture souffrent en outre d’un manque d’accès à l’eau, le réchauffement climatique déplaçant les pluies vers le sud. Les paysans n’ont pas facilement accès aux intrants (semences, engrais, produits phytosanitaires, etc.), ni aux outils de l’agriculture moderne, notamment parce que l’Etat ne soutient que la culture du coton. Il en découle ainsi une situation très fragile, avec des crises alimentaires récurrentes en cas de pluies insuffisantes, comme ce fut le cas en 2012.

Depuis 2007, un projet de la DDC soutient des exploitations familiales là où la sécurité alimentaire est la plus précaire. Son but: augmenter leur production agricole. La DDC leur fournit ainsi un accès facilité au matériel d’irrigation, aux outils et aux intrants agricoles. Elle leur transmet également des techniques agricoles performantes et les aide à s’organiser en réseaux.

Le goutte à goutte pour lutter contre la sécheresse

L’irrigation goutte à goutte fait partie du matériel promu par la DDC. Il permet d’arroser des terrains tout au long de l’année avec une gestion économe de l’eau. Une pompe, un réservoir et des lignes d’arrosage permettent de cultiver des potagers durant la saison sèche. Chaque installation coûte en moyenne 840 CHF pour une superficie de 1000 m2. Ce système permet de doubler, voire de tripler le nombre des récoltes. Il supprime en outre la corvée quotidienne de puiser et de transporter l’eau du puits au champ. Utilisé avec des semences résistantes et des engrais, le goutte à goutte a augmenté en moyenne le rendement des cultures testées de 30%. Entre 2007 et 2014, plus de 10’000 maraîchers ont suivi une formation dans un potager irrigué grâce à la DDC; quelques centaines d’entre eux ont pu acheter un système d’irrigation avec un prêt bancaire ou le don d’un proche.

Les graines et les conseils dans une même boutique

Dans ce contexte, la Suisse soutient des systèmes alternatifs d’approvisionnement afin d’améliorer l’accès des producteurs aux intrants agricoles. Dans ce but, une coopérative rassemble un réseau de plus de 300 boutiques dans les différentes communes du Burkina Faso. Leurs gérants y vendent des semences, des engrais et des outils agricoles.

Formés sur une utilisation raisonnée des intrants, ils aident les agriculteurs à améliorer leur production. En 2013, près de deux millions de producteurs ont bénéficié de conseils et de leurs services.

Le beurre de Karité comme source de revenu alternative

Des organisation paysannes partenaires de la DDC promulguent des conseils techniques aux petits producteurs et assurent la défense de leurs intérêts. Des organisations de femmes encouragent par exemple la production de beurre de Karité, un produit cosmétique prisé au Burkina.

Ayant obtenu un droit de gestion de parcelles de forêts, ces femmes exploitent désormais d’autres produits que le bois. Ceux-ci leur apportent une source de revenu alternative à celle des champs en particulier lors de mauvaises récoltes.

L’aide de ces organisations paysannes partenaires de la DDC permet en outre aux productrices de participer aux processus politiques gérant les ressources naturelles de leur région. Ces femmes plaident notamment pour la protection de l’arbre à karité dans les champs et la mise en place de parcs agro-forestiers protégés.

Récit de succès:
La multiplication des oignons de Bibata Kindo

Bibata Kindo est membre de l’Union des producteurs de Koumbri, soutenue par la DDC. Bibata a accès à un système d’irrigation goutte à goutte. Elle a ainsi intensifié sa production d’oignons et cultive même quelques légumes en plus.

«Quand j’ai commencé le maraîchage, j’exploitais 100 m2 que j’arrosais péniblement, car je n’avais pas encore le système goutte à goutte. Je produisais les oignons à raison de sept tines par an [une tine correspond à environ 12,5 kg]. Mais depuis 2005, grâce au système goutte à goutte, j’exploite 500 m2, le travail n’est plus aussi difficile et j’ai deux à trois cycles de production par an. A chaque cycle, je récolte en moyenne 60 tines d’oignons que je vends environ 300’000 francs CFA (soit CHF 565 CHF).

J’ai ajouté aux oignons quelques rangées de salades, de carottes, de haricots et de feuilles d’oseille pour la consommation de ma famille. L’excédent est séché pour les repas du reste de l’année.

Avec l’argent des récoltes, je prends en charge une bonne partie de la scolarité et des frais médicaux des enfants. J’ai acheté un bœuf pour l’élevage. Le reste de l’argent bénéficie à toute la famille.»